Un farfelu conte de fées

Partie 4

Durant des jours, la fée voyagea sur l’Océan Salciphique avec aux poignets des bracelets métalliques. Elle était sous la garde d’un shérif antipathique qui avait pour mission de la mettre hors du trafic.

Lorsqu’ils débarquèrent, elle crut atterrir en enfer. Au milieu d’une terre volcanique, dans une atmosphère électrique, dominait un bâtiment historique d’une esthétique très classique. Ici tous les revêtements étaient calorifuges, les pouvoirs de la fée n’y auraient aucun effet. Avant de passer devant le juge, Karof mit Sophichette dans une humide oubliette. Elle n’était pas seule dans cette panade, car dans un coin, roupillait une camarade.

La candide s’approcha de sa compagne de cellule qui possédait comme elle, des ailes de libellules. Dans un sursaut sa congénère bondit ! Et se cogna la tête dans un grand bruit. Sophichette s’excusa ardemment avant de décliner son identité courtoisement. Sa nouvelle comparse en fit de même, c’était un phénomène à la vie de bohème.

Je suis Félicitochette,

La Fée des Farandoles,

partout où il y a une fête,

je dois danser ou exécuter des cabrioles.

Mais il y a toujours une soirée quelque part

et j’en ai marre de finir dans des bars tard le soir.

Alors ras-le-bol des étiquettes

sans queue ni tête.

Je souhaite devenir une Fée Funéraire

et travailler au cimetière.

Il me restait deux ans à tenir

avant de pouvoir modifier mon avenir.

Mais j’ai craqué à un banquet.

Personne ne m’obligera JAMAIS

à me costumer en Poney !

Pauvre Félicie, elle avait vraiment subi de nombreuses saloperies au court de ses humiliantes beuveries. À côté de cela, les soucis de Sophichette s’avéraient moins assujettissants. Il valait peut-être mieux garder les capacités qui lui avaient été concédées auparavant. Elle interrompit son amie dans ses litanies pour lui demander si elle savait ce qu’elle risquait au procès.

Tu n’es pas informée petite sotte !

Prépare-toi, tu vas avoir les chocottes !

Dans le meilleur des cas,

tu devrais t’en sortir comme moi.

Tu demeureras en prison,

jusqu’au terme de ton initiale mission.

Mais si par malheur,

le juge est moins indulgent…

C’est une vie de douleur qui t’attend.

D’abord ils couperont tes ailes avec une pelle

avant de t’épiler les aisselles pour y mettre du gros sel.

Puis ils te recouvriront de javel et de jus de poubelles,

tu macéreras jusqu’à ce que tu aies la consistance du miel.

Après quoi, ils t’enfermeront dans un chaudron,

pour te faire bouillir avec des poissons.

Durant des heures tu mijoteras,

puis sera servie au dîner dans un plat,

avec des petits pois.

La panique s’empara de Sophichette qui ne consentait pas à finir en miettes. Ce destin était trop funeste, il fallait qu’elle conteste. Mais comment se dépêtrer de ce pernicieux pétrin sans se laisser aller au chagrin. La fée n’avait qu’une solution, pas besoin d’atermoyer. Elle remplirait d’eau son cruchon, pour invoquer Faucon Futé.

Sophichette récupéra des gouttelettes qui ruisselaient le long des murs, mais le peu de liquide qu’il y avait ne suffisait pas pour réussir la procédure. Notre fée était au fond du gouffre sans aucun espoir, elle ne voyait pas comment dévier cette lugubre trajectoire. Sur ses joues ruisselèrent de chaudes larmes qui dévalaient lentement ses lèvres couleur parme. Ce furent de gros sanglots qui inondèrent la cafetière et dans un tressaut, le génie apparut de manière princière.

Hello Ma Brave !

Vous avez imploré Faucon Futé !?

Votre visage est grave !

Mais qu’est-il arrivé ?

Vous voilà en prison,

cela ne sent pas bon.

Vous me sollicitez

dans un bien sinistre asile…

Dites-moi petite fée,

en quoi vous suis-je ici utile ?

La fée se fâcha, furieuse contre cet affable génie qu’elle considérait responsable de sa misérable fable. Elle le réputa méprisable créature peu fiable, irresponsable et pitoyable. Sochichette provoqua chez Faucon, une profonde vexation. Oh grand jamais, on ne l’avait autant offensé ! S’il avait su, il ne se serait pas manifesté. Il comptait partir, mais elle le supplia de compatir à ce qu’elle risquait de subir.

En fin de compte, Faucon Futé avait un bon fond. Il eut pitié de l’éplorée et lui proposa de se soulager du poids de son ultime question. Pour la fée ce projet était insensé, sans sourciller elle rétorqua que pour changer cette fois, il l’aiderait sans condition. De toute évidence bien décidée à ne pas laisser passer son unique chance de subsister contre l’adversité, le génie attendri prit parti de participer aux plaidoiries.

L’heure du procès sonnait. Vers le tribunal Sophichette s’avançait, son cœur battant à l’excès. C’est un génie reconverti qui l’accompagna en tant que brillant avocat. Ils prirent place dans un tribunal austère, conformément aux procédures particulièrement protocolaires. Le juge réclama le silence dans la salle provoquant un calme abyssal. Il commença par énoncer les chefs d’accusation, d’une voix caverneuse qui retentissait dans l’horizon, de quoi donner à la fée de furieux frissons.

Mademoiselle Sophichette,

Vous demeurez aujourd’hui sur la sellette.

Avant de faire des critiques sur votre historique,

je vais rappeler les motifs de votre venue.

Auprès du Chef Dodominique,

vous avez demandé une entrevue,

car vous souhaitiez ne plus exercer votre pouvoir du froid.

N’ayant pas assez d’annuités, vous n’étiez alors pas conforme à la loi.

Le dodo ne pouvant pas faire d’exception,

il était alors dans l’obligation

de faire une demande de détention.

Au lieu de vous rendre sans objection,

vous avez préféré fuir et vous cacher dans les buissons.

Le Shérif Karof vous a finalement intercepté.

Il est désormais temps de vous juger.

Je vous accorde quelques minutes de discours

pour vous défendre auprès de la cour.

Sophichette ne trouvait pas quoi répondre, face au jury qui la dévisageait dans la pénombre. Le génie témoin de sa décomposition, lui murmura de ne pas se mettre la rate au court bouillon, car Faucon Futé la préserverait de cette coalition. Confiant, il s’élança dans un panégyrique dialectiquement homérique.

Hello Mes Braves !

Je suis Faucon Futé,

génie et avocat de cette charmante fée.

Permettez-moi de clarifier cette situation,

car il y a une explication derrière ces insanes décisions.

Voyez cette innocente créature,

derrière cette frêle carrure

se cache de pénibles blessures.

Sa fraîcheur fait office de repoussoir,

une vie de solitude a brisé ses espoirs.

Imaginez cent soixante-six années

a sombrer un peu plus dans une déréliction.

Voilà une fée bafouée,

qui ne se faisait plus d’illusions.

C’est alors que son chemin croisa le mien.

Elle me demanda maladroitement de changer son quotidien.

Dans un tourbillon de confusion,

elle me bafouilla une brève formulation.

N’ayant pas plus d’information sur cette jeune ingénue,

je l’ai guidée vers DoDeauville pour qu’elle y changea son statut,

ignorant que cela provoquerait ce saugrenu malentendu.

Cette naïve jouvencelle a certes fui,

mais seulement par habitude d’être bannie.

Sophichette est victime de sa crédulité,

ne mérite-t-elle pas un peu d’aménité ?

Le discours du génie semblait porter ses fruits, car la confusion semait le trouble chez le jury. Dans la salle des murmures résonnèrent, Sophichette ne savait plus quoi faire. Le juge ordonna que tous reprennent leur esprit, c’était une affaire sérieuse que l’on traitait ici ! Durant un court instant, il fixa l’accusée puis s’adressa à Faucon Futé sur un ton pondéré.

Il est rare de voir un génie

faire preuve d’autant de compassion,

pour une vide et fluette souris

dont sa dépression l’a menée en perdition.

Votre empathie vous fait honneur,

mais qu’en est-il de la valeur

de cette petite fleur ?

L’attention se recentra sur la fée bouche bée. Elle crut s’évanouir tant la coercition semblait vouloir l’anéantir. Sophichette s’imaginait déjà étendue dans une assiette, mais la fée ne finirait pas à la casserole, car le génie connaissait le protocole. Il reprit aussitôt la parole sans faire de bémol.

Mes amis,

pardonnez cette pauvre âme,

le froid l’a étourdie,

elle avait perdu sa flamme.

Il existe un moyen en ce monde,

d’emmener cette fraîche créature sur de meilleures ondes.

Il lui suffirait de se rendre tout au nord de ce globe,

où il n’y a ni xénophobe, ni snob, ni microbe !

Sophichette devrait y demeurer heureuse,

vous n’aurez plus à entendre parler de cette délicieuse.

Si vous estimez la bonté comme une qualité,

je vous en prie, Monsieur le Juge,

faites preuve de bonhomie envers cette fée.

Le jury demanda à se rassembler dans une pièce fermée pour parler en secret. Sophichette fut stupéfaite de ce retournement de situation qui pourrait lui éviter la défaite. Elle avait moult questions pour Faucon Futé mais le moment était mal choisi pour l’interroger. Après quelques heures de délibération, l’un des membres du jury révéla leur conclusion au juge qui écoutait avec attention tout en se frottant le menton. Il prit le temps de réfléchir avant d’agir, le suspense était à son comble au point que Sophichette s’en rongeait les ongles.

Ne faisons pas plus attendre le public.

Il me semble qu’il est temps

de rendre le verdict.

L’assemblée avoue avoir été émue

par cette douce ingénue.

Elle souhaite lui accorder sa confiance

et penche en faveur d’une seconde chance.

Qui ne pourrait être attendrie

lorsqu’on sait combien il est dur d’être épanoui

sans aucun ami pour partager sa vie.

Toutefois il ne faut pas oublier

que la fée a tout de même fauté

Elle doit faire preuve de pénitence

si elle souhaite obtenir de l’indulgence.

Pour sa punition,

elle devra exercer au plus vite ses fonctions,

au lieu indiqué plus tôt par Monsieur Faucon.

Je vous accorde, Sophichette, un sursis.

Vous avez deux semaines pour vous y rendre,

à compter d’aujourd’hui.

En attendant votre arrivée

dans cette Nordique contrée,

une surveillance vous sera imposée

par mon shérif préféré.

D’un coup de marteau, il clôtura la séance. La fée gratifia de mille éloges son héros, lui qui venait de sauver son existence. Voilà Sophichette presque libre, mais elle savait désormais où trouver son équilibre. Elle se mit en route sans perdre un instant avec à ses trousses Karof qui s’assurerait qu’elle tienne ses engagements.

N’était-ce pas un chapitre trépidant ? Vous serez sûrement heureux de savoir qu’il y en aura un suivant !

M.D

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :