Un farfelu conte de fées

Partie 3

Voilà notre amie, toujours poursuivie pour avoir failli aux lois de sa patrie. Son nouveau projet consistait à dénicher le village des Fauninja dans la forêt pour si éclipser.

Sophichette entreprit ainsi de rechercher ces fameux rois du cache-cache. Elle inspecta toutes les crevasses, paillasses et autres surfaces, mais ne croisa que des limaces. Aucune trace de ces coriaces, mis à part quelques ombres fugaces. La fée se mit à rouspéter contre Faucon Futé qui aurait pu préciser comment les débusquer. Mais Sophichette n’allait pas gâcher sa dernière question, elle préférait la garder pour une autre occasion.

Elle devait reprendre son souffle malgré les maroufles qui la collaient aux pantoufles. À côté d’une rose, elle prit une pause un peu morose. Sa présence fit chuter la température et le froid glaça la nature à vive allure. Tous les animaux n’avaient pas pris leurs pattes à leur cou, car malgré tout, une hermine sortit d’un trou et vint faire la causette à Sophichette avec un certain bagou.

Je me présente à vous ma belle,

je me prénomme Chanterelle,

Vous appréciez ma douce voix,

sachez qu’elle anime tous les cabarets de ces bois.

Dites-moi ma petite,

vous êtes une ravissante créature,

au parfum de marguerite

et aux iris azur.

De cette chute de mercure,

êtes-vous la responsable ?

Car voyez-vous j’aime le froid,

alors si tel était le cas,

je vous assure sans parjure,

vous en être redevable.

La fée ne s’attendait pas à cela, elle qui trop souvent était traitée en paria. Elle acquiesça à l’hermine qui la pria de la suivre dans les mines. Un étrange et feuillu buisson, renfermait l’accès à un mignon portillon, menant à des galeries d’une insolite géométrie. Sophichette ignorait où ce mustélidé comptait l’amener, mais au moins ici elle ne serait plus en danger. Chanterelle fredonnait sur la route, des airs qui envoûtent. La fée se sentait apaisée et pouvait enfin souffler de cette course effrénée.

Après de nombreux allers-retours et des détours aux carrefours, elles finirent leurs parcours aux portes d’un faubourg aux contours velours. Une voix, de l’autre côté de la paroi, les interpella. Si elles voulaient entrer, il fallait un mot de passe, Chanterelle s’empressa de lui donner et rajouta une dédicace. L’individu la reconnut et c’est tout ému qu’il leur souhaita la bienvenue.

Sophichette n’en croyait pas ses mirettes ! Elle venait de mettre un pas, dans l’agora du village caché des Fauninja. Chanterelle enfin lui expliqua pourquoi elle avait choisi de l’emmener dans cet endroit. L’hermine faisait un show ici ce soir et lui offrait une place de concert pour la voir. Il y aurait une bonne acoustique et un accompagnement à la guitare. S’il elle n’appréciait pas la rythmique, il y avait des consos gratuites qui l’attendrait au bar.

Chanterelle souhaitait se reposer avant la représentation. Elle s’enfuit avant que Sophichette n’ait d’interrogation. La fée devrait peut-être se méfier, car ce malicieux mustélidé avait d’autres raisons de la garder à ses côtés. À cette profondeur, l’hermine souffrait de la chaleur. Mais elle n’avait plus peur, car la présence de Shophichette égalerait un ventilateur pour son plus grand bonheur.

La fée avait quelques heures à tuer. Pour patienter, elle alla se présenter à un individu qui venait à passer. C’était un faune aux longs tifs flamboyants, affublé d’oripeaux peu traditionnels. Il portait des santiags imitation serpent et un chandail en flanelle. Il s’appelait Marc Jason, grand maître des vêtements. Il la regardait avec mépris et ne put s’empêcher de critiquer son accoutrement.

Pardonnez-moi jocrisse créature,

mais vos fripes vous font parjures.

Il est vrai que nous laissons passer

toutes les âmes bafouées.

Mais tout de même,

ce n’est pas parce qu’on a la flemme

qu’il ne faut pas se donner la peine

de passer un coup de peigne.

Il était vrai qu’après toutes ces aventures, elle avait peu fière allure. Des feuilles parsemaient sa tignasse, sur son visage de la crasse et sa tenue virait au jaunasse. Elle détailla ses périples successifs, son nouvel objectif et ses problèmes administratifs. Marc Jason se montra attentif, car il avait connu le même passif de fugitif. Il se mit à lui présenter la genèse de ces quartiers, car quelque chose de grave était autrefois arrivé.

Si vous saviez ma petite fée,

tout ce que mon peuple a enduré.

Depuis une éternité,

les faunes de cette vallée

pouvaient prospérer en liberté.

Mais un jour, une loi est passée,

réglementant l’uniformité.

Les faunes se sont insurgés,

eux qui aimaient tant se fringuer avec originalité.

Ils se sont alors regroupés pour lutter contre l’autorité.

Mais après avoir longtemps bataillé,

il ne restait qu’une seule possibilité :

se retrancher dans des terriers.

Ils fabriquèrent une forêt factice pour se camoufler

et aménagèrent sous terre, un lieu où résider.

Il faut avoir été informé, guidé et invité

pour réussir à passer notre entrée.

Après quoi vous pourrez festoyer

et profiter de nos défilés.

Car voyez-vous, chez nous il est accoutumé,

de s’habiller avec excentricité.

Il donna par la suite des précisions sur la construction de leurs fortifications. Cette cité cocasse est située dans une crevasse, à plus de 2 000 pieds en dessous de la surface. À cette profondeur la chaleur est de 28°, de quoi vous faire suer des pieds toute l’année. Pour le moment, personne ne semblait mécontent de la fraîcheur qu’elle diffusait un peu plus à chaque instant. Marc Jason lui offrit des chaussures à talon et lui confectionna lui-même, une tenue d’exception. Sophichette eut le sentiment d’avoir trouvé sa place, voilà un lieu fort chaleureux pour son cœur de glace.

Ils durent couper court, car partout aux alentours, résonnèrent les tambours annonçant le récital de Chanterelle dans une percutante ritournelle. Près d’une estrade, la belle finissait de se préparer pendant que sur un tabouret, une taupe pataude tentait d’accorder une splendide guitare en bois de peuplier. Une foule se formait devant la scène, sifflant et clamant son nom à en perdre haleine. Descendit soudain du plafond, spécialement pour la fête, une grosse boule à facette. Sophichette ignorait que la fouine puisse être une telle vedette, elle trouvait cela vraiment chouette.

Triomphalement Chanterelle se dévoila et d’une voix aiguë, elle les salua. Elle récupéra un micro indispensable à son numéro. Sur sa tête trônait un diadème doré et elle était affublée d’une robe aux motifs zébrés. Elle déclencha une ovation digne des plus grands champions avant de commencer son flonflon. La somptueuse chanteuse offrait un spectacle mirifique dont les lyrics ensorcelaient le public et ils profitèrent tous par la suite des magnifiques balades qui partaient en une délicieuse escalade.

Tout le monde dansait sans s’arrêter, la présence de la fée les empêchant de suer. Désormais appréciée, Sophichette avait maintenant en tête de s’éclater. Jamais de sa vie elle ne se sentit aussi épanouie. Elle voulut se montrer généreuse tellement elle était heureuse. Alors que la soirée battait son plein, elle survola l’assemblée pleine d’entrain pour murmurer un magique refrain.

Frolalilalon

Grand pouvoir de la froide saison,

dévoile-moi tes plus beaux flocons !

À ces douces paroles, des flocons dégringolèrent en une folle farandole. Ce ballet envoûtant attirait toute l’attention si bien que personne ne se préoccupa du changement de pression. C’était la première fois que la grotte connut un tel froid, les rochers n’étaient pas préparés à cette chute de degrés. Les parois se mirent à craquer brusquement, provoquant dans la grotte un turbulent tremblement. Après cette secousse, ils regardèrent tous au plafond pour découvrir une foison d’inquiétants sillons. Il n’était plus question de faire la nouba dans ces conditions-là.

Les bambocheurs angoissés à l’idée que leur demeure puisse s’écrouler sollicitèrent une exceptionnelle assemblée. Il fut voté à l’unanimité que la fée devait quitter ces quartiers. Ils l’accompagnèrent à la porte comme une malpropre et firent en sorte qu’une escorte l’exporte. Son unique plan de retranchement venait de lui être enlevé abruptement. Une fois de plus rejetée de toutes parts, Sophichette avait le cafard.

Surgit de derrière un saule, un dignitaire aux larges épaules. Il portait une grande parka et un brassard orange à son bras droit. Il l’empoigna et lui interdit la parlotte pendant qu’il lui mettait les menottes. Quelle catastrophe, il s’agissait du Shérif Karof. Employé par le directeur exécutif aux affaires des fraudes de fées, sa mission consistait à la pourchasser quoiqu’il puisse en coûter.

Mademoiselle Sophichette

vous êtes en état d’arrestation.

Rendez-vous fillette,

sans faire d’objection.

Contre moi vous ne pourrez pas lutter,

Car de toute ma brigade je suis le plus obstiné.

La fée incapable de se débattre se laissa emmener par le shérif sur une écarlate frégate. Sur l’océan ils voguèrent lentement jusqu’au parlement du gouvernement. Son épopée va-t-elle s’achever ici ? Est-ce la fin de ses péripéties ? Si vous souhaitez le savoir, mes amis, rendez-vous au chapitre qui suit.

M.D

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