Un farfelu conte de fées

Partie 2

Sophichette avait désormais une nouvelle quête : converser avec le Chef Dodominic pour qu’il lui indique la bonne tactique qui changera sa génétique.

Traverser la Mer Caftas à la volée ne sera pas chose aisée, car il y a de faibles probabilités de trouver terre où se reposer. En attendant une solution, notre fée se mit en route pour le port de Robuchont. À l’orée de la ville, tout semblait tranquille, mais l’air salé vint la frapper et ses ailes s’en retrouvèrent fragilisées. C’est à pied qu’elle poursuivit son chemin, tout en prenant garde de ne pas se faire piétiner par des crétins, elle qui n’est pas plus grande qu’un poussin.

Sophichette avançait dans les rues, amenant malgré elle un froid aigu et la cité qui fourmillait à l’instant, se déserta sur le champ. Plus aucune âme hors des chaumières, toutes les portes se fermèrent et au port plus d’intermédiaires pour sa croisière en mer. La fée désespérée s’installa sur la jetée. Son regard parcourut l’étendue d’eau et à ses yeux montèrent des sanglots. Elle hésita à faire appel au Génie de la Cafetière quand en arrière, des bruits interférèrent.

C’était une conversation grognon qui montait le ton dans une maison non loin de là. À petits pas, la fée fureta vers ce fougueux foyer aux grands éclats. Sophichette rôdait près des cloisons pour ne pas perdre une miette de la discussion. Un papa et une maman se disputaient d’inquiétude pour leur enfant. N’ayant pas assez d’argent pour financer les médicaments, sans Efferalgan, leur fils qu’ils aiment tant risquait de mourir prochainement.

La querelle tournant en rond, la fée décida de rendre visite au garçon. Une lucarne était entrouverte, lui permettant de s’introduire dans la chambre sans donner l’alerte. Sophichette s’approcha furtivement du fiévreux enfant. Le petit subsistait affaibli dans son lit suant à grosses gouttes comme un mammouth au mois d’août. Son corps était bouillant, pas étonnant que ses parents s’affolaient autant. Il fallait agir, mais heureusement, elle savait comment refroidir son sang. Sophichette invoqua aussitôt son pouvoir hiémal et le concentra dans ses petites mains pâles:

Frilalilalère !

Grand Pouvoir du Vent d’hiver,

dans mes mains, tu opères !

De délicats gants glacés recouvrèrent ses mains qu’elle déposa aussitôt sur le front du jeune garçon. Au début, cela ne sembla faire aucune différence, mais Sophichette faisait preuve de patience. Dans la pièce d’à côté le débat s’était apaisé grâce aux tensions désormais évacuées. Toutes ces émotions les avaient sûrement fatigués, car ils partirent se coucher sans tarder. Et durant toute la soirée, c’est dans le silence que la fée œuvrait à rendre le gamin plus frais.

Au petit matin, les parents vinrent constater l’état de leur bambin. Ils furent étonnés en découvrant une chambre toute verglacée dans laquelle ils manquèrent de glisser. Le garçon dormait paisiblement, Sophichette sur son front également. C’est en lui chatouillant les pieds, qu’ils décidèrent de la réveiller et c’est autour d’une infusion qu’elle leur donna une explication. Leur fils semblait en bonne santé. Ils devaient trouver un moyen de la remercier, car force est de constater qu’elle l’avait sauvé.

Sophichette avait de la chance, car d’un bateau de croisière, le père faisait la maintenance. Il lui promit une place sur le navire. Elle allait enfin pouvoir partir. En revanche, il fallait la dissimuler, car les autres passagers ne devaient pas être importunés. Une boîte isotherme fera l’affaire, bien que la fée aurait préféré le plein air. On lui offrait tout de même de voyager gratuitement, elle ne pouvait qu’accepter poliment. La traversée se fit sans encombre malgré la pénombre et elle ne revit la lumière qu’après trois jours en mer.

La voilà arrivée à DoDeauville, une bastide tout en plumes et en papiers où vit le peuple des Dodossier. Une cité parfaitement ordonnée où tout était indiqué pour s’y retrouver sans difficulté. Il faut savoir que les dodos de cette ville gèrent toute la magistrature, c’est auprès d’eux qu’il faut s’adresser si l’on souhaite changer son aventure. Sophichette arrive à l’accueil du bureau du chef des Dodos, prend un ticket et va s’asseoir près du guichet sans dire mot.

Devant elle, patientaient déjà trois individus venus modifier leur statut. Le premier était un griffon ne pouvant plus faire la circulation dans les rues car depuis peu dépourvu de la vue. Le second était une vampire hémophobique qui ne pouvait plus exercer de chirurgicales pratiques. Quant au dernier, il aurait été dur de deviner quel sujet l’amenait. C’était un lutin, aussi grand qu’un gobelin venu pour une demande d’extension de sa maison.

Après quelques heures, ils finirent tous par passer et c’était enfin au tour de la fée de se présenter auprès du chef bien apprêté. Dodominique s’approcha d’elle et la regarda d’un air sérieux puis il attrapa un grand cahier et le consulta, silencieux. Sophichette lui fit alors part de sa requête :

Oh, Grand Chef Dodominique,

maître des arts alphabétiques !

Je viens quémander votre aide,

pour modifier le pouvoir que je possède.

Être fée du froid m’incombe,

je souhaite changer ma nature profonde.

Indiquez-moi la procédure, je vous en conjure !

Le dodo esquissa un sourire malicieux puis s’adressa à elle, très chaleureux.

Tout mes respects, Petite Fée du Froid,

Vous êtes bien renseignée sur cet endroit.

Faire des procédures c’est notre passion,

nous les faisons avec cœur et conviction.

Patience et détermination, vont de raison.

Si quelque chose vous dérange,

faites un dossier et tout s’arrange !

Mais avant de commencer, je dois être sûr

que vous êtes conforme à la candidature.

Rassurez-vous, il n’y a qu’une question :

Depuis combien de temps êtes-vous en fonction ?

C’est avec fierté que Sophichette fanfaronne de ses cent soixante-six années travaillées, quelle championne ! Elle n’avait tout de même pas chaumé, il était temps de changer. Pour information, les fées peuvent vivre longtemps, c’est à la fois un don et un châtiment. Après quelques minutes, le Chef Dodominique la dévisagea, d’un air si sévère, que la fée se pétrifia.

Tout mes respects, Petite Fée du Froid,

Vous n’avez pas assez d’ancienneté

pour exiger quoi que ce soit.

La dernière loi en vigueur

va faire votre malheur,

car elle n’autorise plus les changements de statut,

avant 200 ans révolus.

Votre demande est une infraction,

je suis au regret faire une demande d’arrestation.

S’il vous plaît veuillez patienter,

en attendant que les autorités viennent vous chercher.

À ces mots, il quitta son bureau enfermant Sophichette qui n’était pas prête pour cette défaite. Elle n’allait pas patienter dans ce guêpier, finir en prison était hors de question. Comme les murs étaient en papier, ils étaient faciles à déchirer. Pour des dodos intelligents, on attendait mieux de leurs bâtiments. Quoi qu’il en soit, un simple petit trou suffirait, pour le bout de fée qu’elle était. Une fois dehors, elle prit vite son envol avant que les condés lui mettent la camisole.

Agile, la fée file dans les venelles esquivant la foule des volatiles pour sortir de la ville. Mais rien n’était joué, car elle était désormais recherchée. Elle s’enfuit par delà les ravins, traversa une forêt de sapins et finit sa course dans le coin d’un tas de foin. Pour Sophichette cette cachette n’était pas parfaite. Un abri plutôt précaire, mais qui ferait l’affaire le temps qu’elle contacte le Génie de la Cafetière. Non loin du tas de paille se trouvait un abreuvoir à volaille. Sophichette plonge la cafetière dans le réservoir, Faucon Futé apparut et lui souhaita le bonsoir.

Hello, Ma Brave !

Faucon Futé pour vous servir !

Mon amie la fée, que me vaut le plaisir ?

Vous m’avez l’air bien inquiète Sophichette !

Faites disparaître cette tête de blette,

Et dites à tonton Faucon ce qui vous rend ronchon.

La fée morose soupira de désespoir puis elle s’empressa de s’asseoir, pour lui murmurer ses déboires pendant qu’au comptoir, il lui versait à boire.

Oh toi Faucon Futé,

Génie de la Cafetière,

J’ai fait ce que tu m’avais conseillé,

mais de l’aide, il n’y avait guère.

Me voilà désormais poursuivie

et je crains pour ma vie.

Si cette terre n’a pas de secret pour toi,

de la meilleure cachette, tu m’indiqueras la voie.

Le génie se sentait confus, car il n’aurait pas cru qu’elle serait déçue par la vertu dont il était pourvu. Il n’était pas trop tard, il pouvait encore la sauver de ce cauchemar.

Mon amie,

tu peux sécher tes larmes,

cette issue que je te fournis

te redonnera ton charme.

Il existe un moyen en ce monde,

de disparaître en une seconde.

Farfouille du côté de la Forêt Fringante,

les Fauninja y ont caché leur village.

Ils sont d’une compagnie charmante,

et les rois du camouflage.

À ta seconde question, j’ai répondu.

Que la chance te soit pourvue !

Comme un mirage il disparut, laissant dans le fourrage la courageuse ingénue. Pas de temps pour le doute, elle devait se mettre en route. La fée fonça d’un battement d’ailes pressé, avant de se faire capturer par les autorités. Ainsi s’achève la seconde partie des aventures de la Fée du Froid, et moi je vous dis, à la prochaine fois. Comme un mirage il disparut, laissant dans le fourrage la courageuse ingénue. Pas de temps pour le doute, elle devait se mettre en route. La fée fonça d’un battement d’ailes pressé, avant de se faire capturer par les autorités. Ainsi s’achève la seconde partie des aventures de la Fée du Froid, et moi je vous dis, à la prochaine fois.

M.D

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