Rencontre ferroviaire incongrue

Il faut bien débuter ce blog quelque part, pourquoi ne pas commencer en partageant une anecdote de vie.

J’ai passé mes études à Lyon et au cours de cette période j’ai multiplié les aller-retour sur Paris pour voir ma famille et mes amis, en somme ma carte 12-25 a été bien rentabilisée chaque année. Vous l’aurez sûrement deviné, mon histoire à un rapport avec les trains, du moins elle se passe dans l’un d’eux.

Me voilà gare de Lyon, je ne me souviens plus si mon père m’y avait déposée ou si j’avais dû « profiter » des joies qu’offrent les transports en commun… Un jour je parlerais certainement de mes expériences avec la RATP, car il y a matière à raconter. Quoi qu’il en soit, ces détails ne sont pas bien importants pour cette histoire. Me voilà sur le quai à la recherche de ma voiture, ou plutôt de mon wagon. Pourquoi ils appellent ça une voiture ? Il faut que je me renseigne à ce sujet.

Je suis en avance, il y a peu de monde et je me sens sereine. J’ai également la certitude de ne pas avoir à monter péniblement ma valise à l’étage puisque je choisis toujours un siège en salle basse et si possible côté couloir, parce que près de la fenêtre, il y fait toujours plus froid. Je vous rappelle que je prenais souvent le train, du coup, avec le temps, j’ai fini par vouloir mon petit confort pour que mon trajet soit des plus délicieux. Ce ne sont que deux heures, mais tout de même, vous en feriez de même à ma place, j’en suis sûr. Enfin, bref. D’autant plus que cette fois-ci j’étais placée côté fenêtre, mais j’y viens, j’ai encore des petits détails à rajouter avant.

Désolée je m’éparpille.

Ainsi je rentre dans mon wagon et dépose ma valise immédiatement à l’entrée dans les casiers prévus à cet effet, qui étaient de fait quasi vides, car je vous le rappelle, j’étais en avance, il y avait peu de monde, etc. J’avance dans l’allée pour trouver ma place. Je me retrouve assise en face du second rangement à bagages dans le fond… Vous savez, c’est cette espèce d’étagère métallique qui n’est pas vraiment au milieu de la rame, mais plutôt au trois quarts si j’essaie d’être précise… Bon, passons, et comme à mon habitude, je sors mon ordi, mets mes écouteurs et commence à regarder un film.

Pourquoi je raconte ça ? Vous allez comprendre, soyez patient.

Les minutes passent, de nouveaux passagers s’installent, je suis concentrée sur mon écran quand mon regard finit par être attiré par un grand homme filiforme qui vient à ma hauteur. Il pose au sol, sous la fameuse étagère à bagages, un grand sac tout fin en toile ocre (ou plutôt marron clair, pour ceux qui aiment nommer les couleurs plus simplement). Une fois sa besace installée délicatement et bien à plat au sol, l’homme se relève et reste debout. Ce qui est étrange vous en conviendrez ! Car le comportement normal d’un voyageur à ce moment-là aurait été d’aller s’installer à la place qui lui était attribuée. Me voilà intriguée, mais je fais mine de rien, ça ne se fait pas de fixer les gens.

L’heure du départ approchait et la foule des tardifs commence à affluer. Quelques personnes s’avancent vers l’individu, qui planté comme il l’était, leur barrait la route. Curieuse de connaître la raison pour laquelle cet inconnu restait là, je baissais le son de mes écouteurs et prêtait une oreille attentive. Je l’entendis alors expliquer à une jeune femme qu’il apprécierait si elle pouvait éviter de mettre sa valise sur son sac, car il contenait quelque chose de très fragile et précieux, qu’il ne fallait pas l’abîmer surtout pas, etc. Un discours empli de pitié. Comme à ce moment-là, il y avait encore de la place sur le support au-dessus, elle lui dit qu’il n’y avait pas de problème et il la remercia chaudement.

Après quoi il a répété le même speech à tous les passagers qui ont défilé par la suite. Son discours était touchant, on sentait que c’était vraiment important pour lui comme si sa vie en dépendait et je crois que c’est pour ça qu’ils ont tous accepté de trouver un autre endroit pour leur valise, quitte à aller à l’étage ou à la garder à leur siège malgré l’inconfort que cela procure. Tout le monde est installé, le train démarre enfin.

Et l’homme qui était debout ? Et bien… Il était toujours debout !

À côté de moi une place libre. J’en déduisis qu’elle devait être la sienne et que pour une raison qui m’échappait encore, il ne devait pas ressentir le besoin de s’y asseoir. Après tout, chacun est libre de faire comme il veut, tant que ça ne gêne personne, je ne me permettrais donc pas de le juger. Je remontais alors le son de mon film et me concentrai à nouveau sur celui-ci. Mais pas bien longtemps, car après quelques minutes, je vis l’étrange personnage se mettre au sol, ouvrir délicatement la fermeture de son grand sac, s’installer à l’intérieur puis le refermer en quelques zip avant ne plus faire aucun mouvement.

Comment auriez-vous réagi ?

En ce qui me concerne, je n’ai rien fait. Enfin ça m’a fait rire ou plutôt sourire (comme beaucoup, je ris intérieurement dans ce genre de situation), mais je n’allais pas l’appréhender dans son sac ou le dénoncer aux contrôleurs. Pour moi, des fraudes comme celle-ci, c’est presque du génie ! Du moins c’est culotté, ça a le mérite d’être original. Dans un sens, je respecte. Je ne dis pas qu’il faut encourager et approuver les fraudeurs, je dis juste qu’on doit reconnaître qu’il fallait oser. Je tiens à rappeler qu’il avait vraiment une grande carrure et j’imagine combien ça a dû être compliqué pour lui de trouver le bon sac, de faire tous les essayages nécessaires, d’élaborer son plan pour que ça marche et d’ affiner son discours pour amadouer les passagers pour qu’il accepte de coopérer, etc. Est-ce que c’était son premier essai ? S’est-il déjà fait prendre ?

Mais qui est cet homme ? Je regrette de ne pas lui avoir demandé…

En tout, il a tenu presque une heure tout de même. Il a sagement attendu dans la même position que les contrôleurs arrivent. Personne ne l’a balancé à ce moment-là d’ailleurs. Je dis ça parce que je suis certaine de ne pas être la seule à l’avoir vu se mettre dans son sac. De toute évidence la délation n’est pas pratiquée en seconde classe. Même après que les contrôleurs soient repartis, il a encore attendu quinze ou vingt minutes avant de ressortir et de s’approcher de moi pour me demander si la place était libre. J’ai souri en lui disant qu’il pouvait s’y installer. Il a alors attrapé un sac à dos, s’est assis et a sorti une trousse, des cahiers et un journal. C’était comme s’il avait toujours été là.

Le trajet s’est poursuivi et je n’en saurai jamais plus sur lui.

Est-ce que je peux trouver une morale à cette histoire ? Certainement, mais en a-t-elle seulement besoin ? Après tout ce n’est qu’une anecdote, pas une fable. J’espère que vous avez apprécié ce petit texte. À bientôt pour une nouvelle lecture.

M.D

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